1915
L’illusion de la guerre
rapide, de la victoire facile et du retour à Noël a vécu. Le front s’est figé
et l’issue est incertaine. On s’installe dans la guerre de position, dans la
guerre des tranchées. Les attaques pour grignoter quelques mètres seront très
coûteuses en vies humaines. C’est en cette année 1915 particulièrement le cas
en Artois et en Champagne. C’est sur ces fronts que tomberont cinq des six jeunes
Milharais, ceux de 1915 « Morts pour la France ».
Ceux de 1915 – Où sont-ils morts ?
Jules
Laylle est tombé le 16 juin 1915 devant Arras ; « Tué à
l’ennemi » selon la formule consacrée. Dans quelles circonstances exactes,
nul ne saura jamais. Où est-il enterré, si toutefois il a pu l’être ? Il avait tout juste 21 ans.
Il est l’un des 102 000
soldats français morts pendant la seconde bataille de l’Artois de mai à juin 1915.
Bertrand
Boué (Tuhan) est « mort pour la France » le 24 juin
1915 à l’hôpital de Châlons-sur-Marne. Dans quelles circonstances, qui nous le
dira ? Il a une tombe individuelle au Carré militaire de L’Est.
Nous aurons ici une pensée pour Juline qui, en ce mois de juin, l’un
des plus beaux de l’année, à quelques jours d’intervalle a perdu son frère,
Bertrand, et son « fiancé », Jules. Qui se souvient de son chagrin,
de son deuil ? Elle ne s’est jamais mariée et n’a pas eu d’enfants.
Gageons que le mois de juin aura été pour elle un deuil toujours recommencé.
Elie
Rumèbe (Sarrado) avait tout
juste 20 ans lorsqu’il trouva la mort le 9 juillet 1915 à Souchez dans le Pas
de Calais. « Tué à l’ennemi » c’était durant la deuxième bataille de L’Artois. Comment est-il
tombé ? A-t-il été inhumé ?
(Souchez sera entièrement détruit
et reconstruit après la guerre).
Jacques
Eugène Barès (Gourdou), adjudant, chasseur alpin est mort à
Gérardmer
dans les Vosges le 27 juillet
1915 des suites de ses blessures. Il avait 24 ans. Il a une tombe
individuelle à la Nécropole Nationale Saulcy-sur-Meurthe. Pour sa bravoure il
fut décoré de la croix de guerre avec palme et médaille militaire.
Jean
Pradère (Clare), est mort
le 30 septembre 1915 à Perthes-lès-Hurlus dans la Marne. « Tué à
l’ennemi ». Il a une tombe individuelle à la Nécropole Nationale La Crouée
à Souain-Perthes-lès-Hurlus dans la Marne.
Michel
Rumèbe (Dominique), est lui aussi comme son camarade mort à Perthes-lès-Hurlus quelques jours plus
tard, le 6 octobre 1915. « Tué à
l’ennemi ». Il a une tombe individuelle à la Nécropole Nationale Mont
Frenet à La Cheppe dans la Marne.
Du
côté de Perthes-lès-Hurlus
La Champagne sera le lieu de
combats acharnés durant les quatre années de guerre. Pendant quatre années
les Allemands et les Français vont s’affronter ici.
Bilan : Sept villages
détruits, 26 nécropoles, d’innombrables stèles et monuments témoignent de la
mort de 130 000 soldats français dans un champ clos de 30 km sur cinq. Aujourd’hui
le camp militaire de Suippes s’étend sur ces terres à jamais incultes.
Perthes-Lès-Hurlus, Hurlus, Le
Mesnil, Tahure, Ripont, villages disparus dont les noms ont été accolés à ceux
des communes voisines pour en perpétuer le souvenir, comme à Souain-Perthes-Lés
Hurlus.
Les combats qui se sont livrés
ici et en particulier sur la butte de Tahure sont restés aussi marquants que
ceux de Verdun. On disait : « J’étais à Tahure » comme plus tard
on dira : « J’ai fait Verdun ».
C’est à Souain que furent
fusillés « pour l’exemple » le 17 mars 1915 quatre caporaux. Un épisode
particulièrement tragique dont s’inspirera Stanley Kubrick pour son magnifique
film Les Sentiers de la gloire.
Le 28 septembre 1915, près de la
Ferme de Navarin, le caporal Blaise
Cendrars est blessé au bras et sera
amputé de la main. Il racontera sa guerre plus tard dans La main
coupée.
Le poète Guillaume Apollinaire
combattit dans le secteur de Tahure en janvier 1915. L’y avait précédé le grand
peintre expressionniste allemand, August Macke, qu’il avait rencontré à Berlin
en 1913. Macke trouva la mort à Perthes-lès-Hurlus dès
le 26 septembre 1914 et est
inhumé dans le cimetière allemand de Souain.
De Gaulle combat dans le secteur
des Hurlus. Le 18 janvier 1915 il est cité à l’ordre de la division. Le 10 mars
le capitaine de Gaulle est blessé à Mesnil-lès-Hurlus et évacué du front.
Le caporal Paul Pradère lui a été
blessé le 18 février 1915 à Perthes-Lès-Hurlus et a été évacué. Une blessure
providentielle qui va le tenir éloigné du front. « Chance » que
n’auront pas Jean Pradère et Michel Rumèbe qui eux furent touchés mortellement
le 30 septembre et le 6 octobre à la côte 193 au NE de Perthes –Lès-Hurlus.
Jean Julien Daffos a été blessé
au mollet par un éclat de bombe le 25 septembre 1915 à Souain. Pour lui et bien
d’autres la guerre continuera.
Que
de morts, que de blessés !
Que de souffrances, que de larmes !
1915
C’est en 1915 que l’on a
troqué le pantalon garance pour la tenue bleu horizon.
C’est en 1915 qu’apparurent
les casques métalliques.
C’est aussi en 1915 (février) que l’on créa la croix de guerre et que la loi française institua la mention « Mort pour la France » (le 2 juillet).
En 1915 les Allemands utilisèrent pour la première fois les gaz asphyxiants près d’Ypres en Flandre.
Gravure d’Otto
Dix
En
1915, le 10 septembre, parut pour la première fois le Canard Enchaîné :
en ayant assez des nouvelles implacablement vraies que la presse française
communique à ses lecteurs depuis le début de la guerre, Le Canard n’insèrera
« après minutieuse vérification que des nouvelles rigoureusement inexactes ».


