Lieutenant Justin Junqua

Lieutenant Justin Junqua
Le lieutenant Justin Junqua, né à Milhas, disparu dans l'Aisne en 1918 à l'âge de 30 ans.

mercredi 27 août 2014

Du côté des hameaux ensoleillés
 LLL
Laouech -L’Artigau -La Loze

En 1914, les hameaux du village étaient relativement bien peuplés. Chaque maison était une ferme qui faisait vivre toute la famille. En 14 et jusqu’en 18 on appela ou rappela tous les hommes valides nés à partir de 1867.


Laouech

Famille Barrère (dite Bourdalé)  
Parents : Jean Jacques Barrère et Bertrande, Marie Castex
4 fils à la guerre

Barrère Bertrand - Mort pour la France
né le 8 avril 1879. Caporal.  Mortellement blessé à son poste de combat, le 18 juillet 1918 à Pourcy dans la Marne. Il avait une femme et deux enfants. Il a une tombe individuelle au cimetière militaire de la ferme de Suippes.


                                                          
Barrère  Jean, Benoît,
né le 22 août 1882.  Sergent. Croix de guerre étoile de bronze. Il était menuisier-ébéniste, habitait Paris. Il est enterré à la Roche-sur-Yon en Vendée.

Barrère Jacques, Félicien
né le 8 juin 1886. Caporal. Est retourné vivre à Milhas ; il revient à Laouech, se marie à Berthe Barrès et a deux enfants, Jean & Marie.

La petite fille de Félicien et son mari


Barrère Edouard
né le 15 mars 1889. Caporal. Croix de guerre (étoile de bronze), médaille militaire. Blessé le 11 décembre 1914 à Perthes-lès-Hurlus, le 2 mai 1915 à Beauséjour. A servi dans l’armée d’orient. Est retourné vivre au pays, cultivateur à Save (Sengouagnet).

Famille Daffos
Parents : Félicien Daffos et Jeanne Alexandrine Raoul
3 fils dont 2 à la guerre.

Daffos Prosper
né le 14 octobre 1891.
 L’aîné des trois frères mobilisés.

Prosper, assis à gauche, à côté de Félicien son père, au centre, et de son frère Pierre

Prosper a été blessé dès le début de la guerre, le 26 septembre 1914.

Prosper, le premier à gauche, avec ses camarades blessés

Après sa convalescence, il continuera la guerre jusqu’à la fin. Il passera au 2ème groupe d’aviation, le 27 juillet 1918. C’est ainsi que la guerre fait entrer dans la modernité.
Il sera rappelé en 1939.
Sa fille Jeanne et sa petite fille Marie-Léontine vivent dans la maison familiale, la seule à être restée une ferme.

Jeanne et Marie-Léontine, en train de regarder les photos du père/grand-père

Daffos Jean Julien
né le 28 octobre 1894.
Blessé plusieurs fois ;  la première fois à Souain le 25 septembre 1914, la dernière le 10 mai 1917 en Macédoine. Il a la croix de guerre avec étoile d’argent.
Il sera fait chevalier de la légion d’honneur en 1960. Il aura quatre enfants. Sa fille Lulu fera aussi une brillante carrière militaire.
Il sera rappelé en 1939.

Daffos Pierre Joseph
né le 4 janvier 1898.
Le plus jeune. Il fut incorporé le 1er mai 1917, à 18 ans et demi. Il a été fait prisonnier le 27 mai 1918 à Longueval dans l’Aisne. Il est interné à Cassel et sera rapatrié le 31 décembre 1918.
IL est parti vivre à Toulouse et aura deux enfants, Louis et Marthe.
Il sera rappelé en 1939.

Famille Daffos
Parents : Raymond Daffos et Marguerite Barès
3 fils, 2 à la guerre.

Daffos Bertrand
né le 29 novembre 1871.
Détaché tout d’abord à la poudrerie de Toulouse, passé ensuite au 14èmè Régiment d’infanterie.
A eu une fille Rachel et un fils, Jean-Marie.
La fille de Jean-Marie, Colette, vit dans l’Aude.

Daffos Benoît Jacques, 
né le 23 juin 1885.
Fut grièvement blessé à la tête, le 21 octobre 1914, à Boureuilles dans la Marne, et finit par en mourir chez lui, à Laouech.
 Sans descendance.

Daffos Jean-Marie
né le 14 août 1894. N’a pas été mobilisé, il était capucin et résidait à Montréal (Québec)
Maison disparue.

Famille Junqua  (dit Bélit)
Parents : Pierre Junqua et Joséphine Daffos.
4  fils à la guerre.

Junqua François
né le 9 octobre 1873.
L’ainé. Parti dans la cavalerie, il a terminé dans l’aviation. Il est revenu dans la maison familiale ; a eu trois filles, Marie, Jeanne, Marcelle.

Aujourd’hui, c’est la fille de Marie, Jeanine  qui vit dans la maison avec sa fille Josiane.


Josiane et Jeanine


Junqua Bertrand
né le 7 septembre 1878. 

Junqua Justin - Mort pour la France  
né le 27 juillet 1888. Le troisième des fils mobilisés de la famille. Il s’était engagé dans l’armée et avait servi entre autre  dans le 2ème Régiment de Tirailleurs algériens.



Il sera caporal, sergent, sous-lieutenant. De lui, peu de traces. Il est porté « disparu » le 30 mai 1918 quelque part entre Berry-le-Sec et Chaudun dans l’Aisne. De lui sa famille recevra le casque et une plaque. Il a la légion d’honneur, à titre posthume bien sûr !



Junqua Emile,
 né le 2 novembre 1881. Le plus jeune. 
Gazé. Revenu vivre à Sengouagnet. Marié à Milhas. Il a eu 3 enfants.

 L’Artigau

Barès Jean Marie, Nicolas, dit Pascaou, 
né le 15 avril 1893. Fils de Pascal Barès et de Marie Anselme.
Maison familiale occupée par les descendants directs de la famille en résidence principale.

Saint-Paul Joseph, Jean, Maurice
né le 9 août 1899. Fils de François Saint-Paul et Berthilde Barrère.
 Maison familiale occupée par des descendants directs de la famille en résidence principale.

Les  quatre filles Saint-Paul (de g. à d. : Suzette, Josette, Mauricette, Evelyne ; au centre Séraphin Barès - époux de Josette et fils de Jean Barès dit Pascaou)


(Lartigau-La Loze réunis : Séraphin, Suzette, Marie-José, Evelyne, Josette et Mauricette)

Barrère Michel, Valérien, 
né le 19 novembre 1874. Fils de Jammes Barrère et de Bertrande Daffos. N’a pas été mobilisé, car père de six enfants vivants
Maison familiale occupée par les descendants directs de la famille en résidence seconde.

Daffos Jean Paul
né le 18 juillet 1877.  Fils de Bertrand Daffos et Anne Barès.
Maison familiale occupée par des alliés de la famille en résidence principale.


Tom, la relève !
Tom et ses parents, Cindy et Yannick

La Loze

Pradère Paul, né le 14 février 1894.
Fils unique de Jean Marie Pradère et de Marie Dutreich.
Maison familiale occupée par les descendants directs de la famille en résidence principale.

Francine, la fille unique de Paul, au centre, 
à gauche, sa fille, Marie-José, à droite son gendre, Gérard. 
Assis au premier plan, Hendrix, leur chien.

Merci à tous ceux de LLL pour leur contribution et en particulier à Jeanne pour sa prodigieuse mémoire.



Merci !

                                                                                                                               
MJ


samedi 23 août 2014

Portrait de Paul en soldat

Portrait de Paul en soldat et … après.

Paul débout au milieu des bleus de la classe 17

Paul est né un 14 février, beau jour que la Saint-Valentin pour un anniversaire, presque un porte bonheur mais hélas il a 20 ans en 1914. Lui, le fils unique, qui a grandi avec pour seul horizon la ferme familiale, se met en route pour la caserne de Saint-Gaudens, mobilisation générale oblige. Paul ainsi que Jules et Jean ses camarades – tous trois bleus de la classe 14 – et les autres mobilisés du village vont rejoindre leur bataillon. Pour Paul, c’est le 83ème Régiment d’Infanterie et très vite il se retrouve sur le front de l’Est. Promu caporal il mène ses hommes et apprend le métier de soldat. Pour une première sortie de son village, c’est un bien beau voyage que lui offre son pays. Il se bat pour la France dont il n’a jamais vu la capitale, et qu’il ne verra d’ailleurs jamais, comme de nombreux habitants de son village. Il apprend la vie, le monde, la guerre. Il sait à présent et pour toujours que la guerre est le pire qui puisse arriver aux hommes, que la guerre rend toutes les horreurs possibles, justifie tous les crimes.

Paul à Agen, tout à droite 

Paul a néanmoins de la chance. Il est blessé à la cuisse, assez grièvement pour être évacué sans que sa vie soit mise en danger pour autant. C’est à Perthes-lès-Hurlus dans la Marne que survient cette blessure qui va le sauver. Deux soldats de Milhas seront moins chanceux et y trouveront la mort. Après sa convalescence, Paul rejoint le 117ème Régiment d’Infanterie lourde et termine la guerre sans dommage physique majeur.

Dans quel état d’esprit se trouve-t-on après quatre ans de guerre et qu’il faut s’engager à présent dans sa vie d’homme ? Comment revenir à la vie quotidienne ? Commencer tout d’abord par oublier qu’on a été soldat, car Paul aime plus que tout la paix et la tranquillité, lui qui se plait à recopier des partitions musicales et les jouer à l’église du village, surtout Bach et Schubert. Il ne parle pas des batailles. Il a vu la mort de trop près, la sienne bien sûr mais surtout celle de ses camarades. Il connaît désormais le prix de la vie. Devenu pacifiste, il doute du progrès de l’humanité et ne croit plus guère en l’homme. Il ne lui reste plus beaucoup d’illusions. Jamais plus il ne se laissera berner par quelque entreprise idéologique que ce soit. Il sera, pourtant, mobilisé à nouveau en 1939. Mais c’est là une autre histoire.

Paul et Joséphine

En 1919, Paul épouse Joséphine, tous deux aspirent à une vie tranquille dans leur ferme qui leur fournit tout ce dont ils ont besoin. Il ne désire rien d’autre que de vivre paisiblement, chez soi, avec les siens, et de vaquer aux travaux de la ferme, à son rythme, agrémentant chaque jour d’un peu de musique. Voilà de quoi la vie sera faite, loin des années folles, du gai Paris et de l’ivresse moderniste. Paul ne veut pas conquérir le monde, mais juste qu’on "lui foute une bonne fois la paix".

On revient fatigué de quatre ans de combat. La jeunesse est passée, comme le dit Brel, on est "vieux avant que d’être". On a déjà la sagesse du grand âge. Aujourd’hui, on parlerait de traumatisme. Paul a sans doute été profondément brisé par la guerre comme tous les Poilus revenus du front. Chez lui comme chez beaucoup d’autres, la dynamique de la jeunesse s’est cassée. Il a certes conservé ce qu’il avait, mais n’a jamais cherché à le faire prospérer – demeurant délibérément en retrait de la modernité.

Les travaux de la ferme en famille

Or, voici que cent ans après ce mode de vie est devenu tendance. Que souhaitent aujourd’hui certains écologistes si ce n’est de vivre comme Paul vivait dans sa ferme ? Voici qu’il se retrouve en avance sur son temps, éco-responsable avant l’heure. Grand précurseur, il a vécu la vie dont rêvent de nombreux contemporains, apôtres du retour à la terre.

Ironie quand tu nous tiens…

MJ 

jeudi 21 août 2014

"Qu'elle est verte ma vallée !" (Méditation)

14, cent ans après, que reste-il ? Un vague souvenir de famille, le frère du grand-père, le cousin de la grand-mère, un Félicien, Justin, ou Jean Marie disparus ou le grand-père revenu blessé, malade, choqué ou chanceux d’avoir échappé au pire, pas gazé, pas amputé, pas trépané. Et bien sûr le monument aux morts.

Ceux qui en étaient revenus se racontaient leur guerre entre eux mais n’en parlaient que peu aux autres ; quelques allusions, rien de plus ; on ne raconte pas le carnage. La guerre, on la fait, puis on la tait. Avec le temps, ils en viendront même à confondre leur guerre avec leur jeunesse passée et évoqueront les copains, les tranchées, les bons moments, bref le bon vieux temps.

La guerre, c’est aussi à l’arrière la vie qui doit continuer et qui continue. Il faut remplacer les hommes devenus soldats dans les tâches quotidiennes, à la ferme ce n’est pas chose facile, et on se languit d’eux, on s’inquiète pour eux et on finit quelquefois par porter leur deuil. On est loin du front, si loin qu’on ne comprend pas très bien ce qui se passe. On reçoit des cartes de lieux qu’on ne connait pas, qu’on ne connaîtra jamais.  Ces noms deviennent des mythes tellement ils sonnent étrangers et lointains.

Là-bas, on monte à l’assaut ou on se terre dans les tranchées ; ici, on s’occupe de l’étable et de la bergerie ; on fauche et on laboure.

La guerre finie, on continuera comme avant, comme si rien n’avait interrompu le fil des jours. 

On continuera, sans voir que tout a changé, que la guerre a commencé au 19ème siècle et s’est terminée au 20ème, qu’on est parti dans la cavalerie en 14 et qu’on est revenu aviateur en 18. 

Sur place, on retrouve la même charrette, la même paire de bœufs, le même terrain pentu, la même difficulté d’assurer la subsistance de sa famille. Presqu’à croire que la guerre n’a pas eu lieu ; ceux qui sont revenus garderont leur ailleurs pour eux, ceux qui sont restés feront de même. On va poursuivre sa vie de cultivateur ou de ménagère au rythme des saisons.

La grande histoire s’est retirée, après avoir effectué sa terrible saignée. La vallée est redevenue le bout du monde et ses habitants les oubliés jusqu’à la prochaine grande catastrophe qui ne tardera pas et alors ce sera le coup de grâce pour ces hautes vallées pyrénéennes. Elles ne s’en remettront pas. 

Dans toute guerre, au-delà des vainqueurs et des vaincus, il y a des gagnants et des perdants. A la balance des pertes et des profits, pour Milhas, si peu de profits et trop de pertes.
Qu’elle est verte ma vallée ? Mais, 
Que faire pour qu’elle ne soit pas trop verte notre vallée ?
Que faire pour que 14 ne soit pas le récit fondateur de notre modernité ratée ?
Carte postale de Jules à Paul

 Dos de la carte

Lettre de la sœur de Jules à Paul

Lettre à Jules

Lettre à Jules

Mon cher Jules,

Si je t’écris aujourd’hui, c’est que pour raison de centenaire le tocsin a retenti et que je regarde le paysage qui fut le tien. Alors je me souviens. Je me souviens de toi et des autres, de tous ceux de 14.

Mais que sais-je au juste de toi – et des autres, que sais-je de toi, de vous ? Êtes-vous des nôtres ? Quel lien nous unit à vous, vous les sans descendance « tombés au champ d’honneur »,  vous les « morts pour la France »?

Le 1er août 14, mon cher Jules, tu as entendu sonner le tocsin et tu as cru que pour toi commençait la grande aventure de ta vie, l’aventure de ta jeunesse. Je sais que tu es passé voir ton copain Paul, classe 14 comme toi, et tout excité, tu lui as dit « On part demain », comme une fête en quelque sorte que tu attendais. Paul moins enthousiaste ne partageait en rien ton exaltation et t’a traité de « couillon ». Paul reviendra, toi tu ne reviendras pas. Tu iras mourir à Arras en 1915, à 21 ans « Tué à l’ennemi ». Tu reposes anonyme quelque part dans la terre du Nord.

De toi j’ai retrouvé une carte adressée à Paul et une carte de ta sœur adressée aussi à Paul où il est question de toi. Dans ta maison aujourd’hui rien ne rappelle ta famille ; ton nom sur le monument aux morts du village, sur la plaque à l’intérieur de l’église et au stade de Saint-Gaudens car tu jouais au rugby : Voilà les traces de ton passage.

De toi aussi, je sais que tu avais une « fiancée », Juline. Elle t’a attendu, espéré, pleuré ; elle t’est restée fidèle. Est-ce que tu sais qu’elle ne s’est jamais mariée ? Oui, les femmes aussi souffrent de la guerre, d’une autre façon ; elles souffrent de leur impuissance et de leur chagrin jamais consolé.

Si je repense à tout cela, c’est que la mélancolie qui m’envahit tranche trop avec l’entrain qui était le tien alors. Tu es parti plein d’ardeur conquérir le monde et c’est la mort qui t’attendait devant Arras. Quelle sorte de mort, on n’en saura jamais rien. Vers qui sont allées tes dernières pensées ? As-tu souffert beaucoup, longtemps ? Jamais on ne saura.

Jules, tu n’aurais pas dû mourir. Ton village se meurt de t’avoir laissé partir, de t’avoir laissé mourir. Cueilli à la fleur de l’âge, sans avoir eu le temps de vivre, ne laissant derrière toi que deuil, absence, vide, désespérance, tu n’auras ni petits- ni  arrière-petits-enfants courant les rues du village. Ce village se meurt de ta mort, que dis-je ? Il est déjà mort.

Tu ne reconnaitrais pas ton Milhas. Il ne ressemble plus à rien : Plus de fermes, plus de bêtes, plus d’école, plus d’auberge, plus de curé, plus de messe, plus d’épicerie,  plus de tournées du boucher, du charcutier ou du boulanger et rien n’est venu remplacer ce qui a disparu. Aurais-tu pu imaginer chose pareille, toi promis à un bel avenir, toi qui voulais donner le meilleur à ton pays et qu’on a envoyé à la saignée au front avec des millions d’autres.

Qu’éprouverais-tu si, aujourd’hui, tu étais assis là, à côté de moi, devant cette nature vide, face à cette forêt qui envahit tout, dévore les pâturages et va finir par engloutir la vallée toute entière. Peut-être comme moi dirais tu : « Tout ça, pour ça ! », « 14, ça ne valait pas la peine ».

Mais peut-on penser ainsi au vu de ce carnage, de ces millions de vies brisées. Non, Jules ton sacrifice ne doit pas rester vain. Le village vivra et ton souvenir aussi.

Je veux te saluer, te dire que tu n’es pas oublié que tu ne seras pas un « soldat inconnu ».

Bien affectueusement                                                                                                                              


MJ

Centenaire - Photos de la commémoration (le 10 août 2014)