Lieutenant Justin Junqua

Lieutenant Justin Junqua
Le lieutenant Justin Junqua, né à Milhas, disparu dans l'Aisne en 1918 à l'âge de 30 ans.

samedi 23 août 2014

Portrait de Paul en soldat

Portrait de Paul en soldat et … après.

Paul débout au milieu des bleus de la classe 17

Paul est né un 14 février, beau jour que la Saint-Valentin pour un anniversaire, presque un porte bonheur mais hélas il a 20 ans en 1914. Lui, le fils unique, qui a grandi avec pour seul horizon la ferme familiale, se met en route pour la caserne de Saint-Gaudens, mobilisation générale oblige. Paul ainsi que Jules et Jean ses camarades – tous trois bleus de la classe 14 – et les autres mobilisés du village vont rejoindre leur bataillon. Pour Paul, c’est le 83ème Régiment d’Infanterie et très vite il se retrouve sur le front de l’Est. Promu caporal il mène ses hommes et apprend le métier de soldat. Pour une première sortie de son village, c’est un bien beau voyage que lui offre son pays. Il se bat pour la France dont il n’a jamais vu la capitale, et qu’il ne verra d’ailleurs jamais, comme de nombreux habitants de son village. Il apprend la vie, le monde, la guerre. Il sait à présent et pour toujours que la guerre est le pire qui puisse arriver aux hommes, que la guerre rend toutes les horreurs possibles, justifie tous les crimes.

Paul à Agen, tout à droite 

Paul a néanmoins de la chance. Il est blessé à la cuisse, assez grièvement pour être évacué sans que sa vie soit mise en danger pour autant. C’est à Perthes-lès-Hurlus dans la Marne que survient cette blessure qui va le sauver. Deux soldats de Milhas seront moins chanceux et y trouveront la mort. Après sa convalescence, Paul rejoint le 117ème Régiment d’Infanterie lourde et termine la guerre sans dommage physique majeur.

Dans quel état d’esprit se trouve-t-on après quatre ans de guerre et qu’il faut s’engager à présent dans sa vie d’homme ? Comment revenir à la vie quotidienne ? Commencer tout d’abord par oublier qu’on a été soldat, car Paul aime plus que tout la paix et la tranquillité, lui qui se plait à recopier des partitions musicales et les jouer à l’église du village, surtout Bach et Schubert. Il ne parle pas des batailles. Il a vu la mort de trop près, la sienne bien sûr mais surtout celle de ses camarades. Il connaît désormais le prix de la vie. Devenu pacifiste, il doute du progrès de l’humanité et ne croit plus guère en l’homme. Il ne lui reste plus beaucoup d’illusions. Jamais plus il ne se laissera berner par quelque entreprise idéologique que ce soit. Il sera, pourtant, mobilisé à nouveau en 1939. Mais c’est là une autre histoire.

Paul et Joséphine

En 1919, Paul épouse Joséphine, tous deux aspirent à une vie tranquille dans leur ferme qui leur fournit tout ce dont ils ont besoin. Il ne désire rien d’autre que de vivre paisiblement, chez soi, avec les siens, et de vaquer aux travaux de la ferme, à son rythme, agrémentant chaque jour d’un peu de musique. Voilà de quoi la vie sera faite, loin des années folles, du gai Paris et de l’ivresse moderniste. Paul ne veut pas conquérir le monde, mais juste qu’on "lui foute une bonne fois la paix".

On revient fatigué de quatre ans de combat. La jeunesse est passée, comme le dit Brel, on est "vieux avant que d’être". On a déjà la sagesse du grand âge. Aujourd’hui, on parlerait de traumatisme. Paul a sans doute été profondément brisé par la guerre comme tous les Poilus revenus du front. Chez lui comme chez beaucoup d’autres, la dynamique de la jeunesse s’est cassée. Il a certes conservé ce qu’il avait, mais n’a jamais cherché à le faire prospérer – demeurant délibérément en retrait de la modernité.

Les travaux de la ferme en famille

Or, voici que cent ans après ce mode de vie est devenu tendance. Que souhaitent aujourd’hui certains écologistes si ce n’est de vivre comme Paul vivait dans sa ferme ? Voici qu’il se retrouve en avance sur son temps, éco-responsable avant l’heure. Grand précurseur, il a vécu la vie dont rêvent de nombreux contemporains, apôtres du retour à la terre.

Ironie quand tu nous tiens…

MJ 

1 commentaire:

  1. Bonjour, sur la 2ème photo savez-vous comment s'appelle l'homme tout à gauche en premier ? (sur la photo que vous avez nommée "Paul à Agen, tout à droite") Merci d'avance

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