Portrait de Paul
en soldat et … après.
Paul débout au milieu des bleus de la classe 17
Paul est né un
14 février, beau jour que la Saint-Valentin pour un anniversaire, presque un porte
bonheur mais hélas il a 20 ans en 1914. Lui, le fils unique, qui a grandi avec
pour seul horizon la ferme familiale, se met en route pour la caserne de Saint-Gaudens,
mobilisation générale oblige. Paul ainsi que Jules et Jean ses camarades – tous
trois bleus de la classe 14 – et les autres mobilisés du village vont rejoindre
leur bataillon. Pour Paul, c’est le 83ème Régiment d’Infanterie et
très vite il se retrouve sur le front de l’Est. Promu caporal il mène ses
hommes et apprend le métier de soldat. Pour une première sortie de son village,
c’est un bien beau voyage que lui offre son pays. Il se bat pour la France dont
il n’a jamais vu la capitale, et qu’il ne verra d’ailleurs jamais, comme de
nombreux habitants de son village. Il apprend la vie, le monde, la guerre. Il
sait à présent et pour toujours que la guerre est le pire qui puisse arriver
aux hommes, que la guerre rend toutes les horreurs possibles, justifie tous
les crimes.
Paul à Agen, tout à droite
Paul a néanmoins
de la chance. Il est blessé à la cuisse, assez grièvement pour être évacué sans
que sa vie soit mise en danger pour autant. C’est à Perthes-lès-Hurlus dans la
Marne que survient cette blessure qui va le sauver. Deux soldats de Milhas seront
moins chanceux et y trouveront la
mort. Après sa convalescence, Paul rejoint le 117ème Régiment
d’Infanterie lourde et termine la guerre sans dommage physique majeur.
Dans quel état
d’esprit se trouve-t-on après quatre ans de guerre et qu’il faut s’engager à
présent dans sa vie d’homme ? Comment revenir à la vie quotidienne ? Commencer
tout d’abord par oublier qu’on a été soldat, car Paul aime plus que tout la
paix et la tranquillité, lui qui se plait à recopier des partitions musicales et
les jouer à l’église du village, surtout Bach et Schubert. Il ne parle pas des
batailles. Il a vu la mort de trop près, la sienne bien sûr mais surtout celle
de ses camarades. Il connaît désormais le prix de la vie. Devenu pacifiste, il
doute du progrès de l’humanité et ne croit plus guère en l’homme. Il ne lui
reste plus beaucoup d’illusions. Jamais plus il ne se laissera berner par quelque
entreprise idéologique que ce soit. Il sera, pourtant, mobilisé à nouveau en
1939. Mais c’est là une autre histoire.
En 1919, Paul
épouse Joséphine, tous deux aspirent à une vie tranquille dans leur ferme qui
leur fournit tout ce dont ils ont besoin. Il ne désire rien d’autre que de
vivre paisiblement, chez soi, avec les siens, et de vaquer aux travaux de la
ferme, à son rythme, agrémentant chaque jour d’un peu de musique. Voilà de quoi
la vie sera faite, loin des années folles, du gai Paris et de l’ivresse moderniste.
Paul ne veut pas conquérir le monde, mais juste qu’on "lui foute une
bonne fois la paix".
On revient fatigué de quatre ans de combat. La
jeunesse est passée, comme le dit Brel, on est "vieux avant que d’être".
On a déjà la sagesse du grand âge. Aujourd’hui, on parlerait de traumatisme.
Paul a sans doute été profondément brisé par la guerre comme tous les Poilus
revenus du front. Chez lui comme chez beaucoup d’autres, la dynamique de la
jeunesse s’est cassée. Il a certes conservé ce qu’il avait, mais n’a jamais cherché
à le faire prospérer – demeurant délibérément en retrait de la modernité.
Les travaux de la ferme en famille
Or, voici que cent
ans après ce mode de vie est devenu tendance.
Que souhaitent aujourd’hui certains écologistes si ce n’est de vivre comme Paul
vivait dans sa ferme ? Voici qu’il se retrouve en avance sur son temps, éco-responsable avant l’heure. Grand
précurseur, il a vécu la vie dont rêvent de nombreux contemporains, apôtres du
retour à la terre.
Ironie quand tu
nous tiens…
MJ




Bonjour, sur la 2ème photo savez-vous comment s'appelle l'homme tout à gauche en premier ? (sur la photo que vous avez nommée "Paul à Agen, tout à droite") Merci d'avance
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