Lieutenant Justin Junqua

Lieutenant Justin Junqua
Le lieutenant Justin Junqua, né à Milhas, disparu dans l'Aisne en 1918 à l'âge de 30 ans.

mercredi 2 mars 2016

1916

« Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des trous d’obus, des cadavres, du sang, de l’eau de vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la boue, des balles, des tirs de mortier, du feu, de l’acier, voilà ce qu’est  la guerre ! Tout ça est une œuvre du diable ! » (Otto Dix, Journal de guerre)

Février 1916 : deux ans de guerre. Trois millions de morts. Aucun des belligérants ne parvient à prendre l’ascendant sur l’autre.

La bataille de Verdun

Le 21 février 1916, les Allemands tentent de percer à Verdun, persuadés qu’ils vont pouvoir l’emporter rapidement, entre autre grâce à leur artillerie. Ce sera un déluge de feu mais contre toute attente les Français résistent vaillamment à cette attaque massive et brutale.
La bataille franco-allemande durera trois-cents jours, ce sera une suite de combats acharnés.
Les français convaincus que le sort de leur pays se joue sur ce bout de terre se montreront à la hauteur de leur destin, résumé par le mot célèbre de Pétain : « Courage, on les aura ! »
Verdun, c’est la bataille que l’on n’a pas le droit de perdre. C’est à Verdun que l’esprit défensif français atteindra son apogée. « On ne passe pas. » Les Allemands arrêteront leur attaque et s’organiseront en position de résistance de longue durée.
Puis viendra la contre-attaque française qui se terminera en décembre 1916, ramenant le front sur le tracé initial de février 1916.
Si sur le plan stratégique, Verdun ne change rien, en France cette bataille apparaît comme le symbole de l’héroïsme national et le restera jusqu’à aujourd’hui.
Verdun a tenu mais à quel prix ?

L’enfer de Verdun

300 000 morts sur un front de 20 kilomètres. 163 000 tués ou disparus du côté français, 216 000 blessés. 143 000 tués ou disparus du côté allemand, 200 000 blessés. Neuf villages entièrement détruits, un secteur classé « zone rouge » : inconstructible et incultivable. Malgré le reboisement, les stigmates en sont encore bien visibles aujourd’hui.
Verdun est la première grande bataille industrielle, une bataille totale franco-allemande qui se solde par un carnage et une destruction complète du territoire. Verdun est ce que le combat a de plus moderne, l’artillerie, les gaz, les lance-flammes, et aussi ce qu’il y a de plus archaïque : le combat de proximité, le corps-à-corps à l’arme blanche, de trou d’obus en trou d’obus…
Les pertes effrayantes et l’horreur des combats vont contribuer à remettre en question la façon de conduire les opérations des grands chefs militaires. Sur le front dans les tranchées la révolte gronde : malgré la victoire l’épreuve n’en continue pas moins pour les combattants de première ligne. Les souffrances et les tourments qu’ils endurent dépassent les limites de la résistance humaine. Les journaux satiriques tels que Le Canard Enchaîné vont trouver des échos favorables auprès des poilus et les mutineries de 1917 auront pour origine directe le cauchemar de Verdun.

La « légende» de Verdun

Mais pour l’heure c’est le soulagement et la fierté d’avoir tenu bon à Verdun qui prédominent. D’emblée se forme la légende de Verdun. Les Français ont eu très peur. L’héroïsme des soldats et le soulagement éprouvé par le pays tout entier vont donner à cette bataille une importance exceptionnelle. Les anciens combattants vont jouir d’une aura particulière : la durée de la bataille associée au système de relève (instauré par Pétain) ont fait qu’un million et demi de mobilisés sont passés par Verdun. C’est ainsi qu’on finira par dire : "Qui n’a pas fait Verdun, n’a pas fait la guerre."
Dans la mémoire collective la bataille de Verdun résume à elle seule la Grande Guerre, elle en est le symbole, l’emblème jusqu’à aujourd’hui. VERDUN, C’EST LA FRANCE !
L’ossuaire de Douaumont, où sont rassemblées 130 000 dépouilles françaises et allemandes, est devenu un "lieu de mémoire" voué au souvenir mais aussi un symbole de la réconciliation et une exhortation à la paix.

Les morts de Milhas en 1916

Jean-Pierre JEANDRAU : mort à l’âge de 31 ans, le3 juillet 1916, dès les premiers jours de la bataille de la Somme.

Jean BARES dit "Camade"

Bertrand BARES dit "Bourric" : classe 1903, mort le 11 décembre 1916 à l’âge de 33 ans à Beuvraignes dans la Somme :  "tué à son poste de guetteur après trois heures d'observation sous un bombardement violent", "soldat d'un courage remarquable". Croix de guerre avec étoile d'argent.

François BARES dit "Mayenc" : classe 1906, mort le 26 février 1916, à l’âge de trente ans. Naufragé du bateau  la Provence II qui a été coulé par le U-Boot U-35 qui avait pour commandant Arnaud de la Perrière. (Aujourd'hui son petit-fils poursuit l'engagement familial en étant maire de Milhas).

LE PROVENCE II


Torpillage du paquebot La Provence (Provence II sous réquisition)

Le paquebot La Provence de la Cie Générale Transatlantique avait été réquisitionné par 
la Marine Nationale au début de la guerre, renommé Provence II en raison de l'homonymie avec 
le cuirassé Provence, il avait été transformé en croiseur auxiliaire servant au transport des troupes. 
Le 26.2.1916, il était torpillé par le sous-marin U-35 et coulé 
alors qu'il effectuait un transport de troupes de Toulon vers les Dardanelles.

Extrait du journal de guerre du sous-marin U-35, Cdt Lothar v.Arnauld de la Perière
en date du 26.II.1916



Transcription et traduction (les heures sont celles du sous-marin)

 Datum
Uhrzeit
Angabe des Ortes, Wind, Wetter, Seegang, Beleuchtung, Sichtigkeit der Luft, Mondschein, usw.
Vorkommnisse
  
26.2.16
4h00

14h00




14h33




16h10


17h50



26.2.16
4h00


14h00







14h33


16h10

17h50


 Malta-Cerigo, Mondschein, diesig, hell. Wind SW3

Sehr diesig. Wind und Seegang SW4, hohe Dünung








Sehr diesig.


Sehr unsichtig. Zunehmende Dünung aus SW.



Axe Malte - Crète, clair de lune, brumeux puis clair. Vent SW3

Très brumeux. Mer et vent force 4. Grosse houle.










très brumeux

Peu de visibilité. Houle de SW grossissant


Aufgetaucht. Batterie geladen.

Aus diesiger Kimm kommt plötzlich mit Ostkurs sehr großer Dampfer heraus. Getaucht zum Angriff : ca. 12-15000 t. Transporter oder Hilfskreuzer ohne Flagge, grau, 2 dunkle Schornsteine. Unterwasserangriff mit A.K. Wegen starker Unsichtigkeit und höher Dünung ist Entfernung schwer zu schätzen beim Schuß ungefahr 2000 m. Detonation nach 2 Min. 50 Sek.  Treffer !
Nach 7 Minuten nachgesehen. Transporter liegt bereits mit starker Stb. Schlagseite und Heck tief im Wasser. Nach 10 Min. Schiff  verschwindet. 2 Boote bemerkt.


Unter Wasser aus Sicht gelaufen, dann aufgetaucht, um vielleicht vor der Dunkelheit zu noch einem Angriff zu kommen.

Wegen völliger Dunkelheit unter Wasser gegangen.

                               gez. v.Arnauld 





Fait surface. Charge batterie.


Sur l'horizon brumeux un très grand vapeur environ 12-15000 tonnes apparait en route à l'est. Plongé pour une attaque en immersion. Transport ou croiseur auxiliaire sans pavillon, de couleur grise, 2 cheminées sombres. Attaque en plongée avec toute la puissance. A cause du manque de visibilité et d'une forte houle, la distance est difficile à estimer au moment du tir pour une marge de sécurité de 2000 m. Détonation après 2 minutes et 50 secondes. Coup au but !
Après 7 minutes, observé à nouveau. Le navire présente déjà une forte gite sur tribord et sa poupe est profondément enfoncée dans l'eau. Dix minutes après le bateau disparaît. Je remarque deux embarcations.
 

Poursuivi hors de vue en plongée puis, fait surface dans l'éventualité d'une autre possibilité d'attaque avant la nuit


Avec l'obscurité grandissante, j'ai pris la plongée.
                                    
                                      

signé v.Arnauld